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Le Floréal à Échirolles : un quartier « sans problèmes »

6 mars 2008 · 2 commentaires

D’un côté, des quartiers à très forte concentration de logements sociaux, de l’autre, des quartiers résidentiels. A mi-chemin entre ces deux réalités, les habitants et leurs problèmes sont des fantômes.

 

Echirolles, commune au sud de l’agglomération grenobloise, est dirigée par les communistes depuis 1945. Avec 40 % de logement social, elle fait office de modèle. Le quartier des Granges est la vitrine de sa politique de mixité sociale. Une dizaine de montées HLM côtoie des copropriétés. Près de 1400 logements construits autour d’un parc de 7 hectares avec écoles, collège et crèches. Voilà la fierté de la mairie.

 

Zoom sur le Floréal : un sous-ensemble de ce quartier, avec 25 entrées dont 3 en HLM.

Le Floréal

 

 

 

 

 

Le Floréal

 

 

Quand on interroge les gens extérieurs au Floréal, la plupart croient que le quartier comprend uniquement des copropriétés. L’agent territorial, Miloud Abed, chargé du nettoyage du secteur et même l’élue à la Culture, Chantal Cornier ne sont pas mieux informés.

 

“Les élus ne viennent jamais nous voir dans les HLM”

Personne ne connaît l’existence des HLM du Floréal. Les habitants ont le sentiment de ne pas exister aux yeux des autres. Les élus s’occupent des copropriétaires et ne viennent jamais nous voir dans les HLM déclare Abdallah Baaïssa, retraité. Pourquoi une telle invisibilité ? A proximité, trois quartiers concentrent une grande partie du logement social de la commune. Ils ont de vrais problèmes, eux. Comme l’affirme Chantal Cornier, vu de l’extérieur, le Floréal n’est pas stigmatisé comme un quartier à problèmes. Les difficultés de ses habitants ne sont donc pas prioritaires. Peut-être auront-ils plus de chance si la situation s’aggrave ? Doit-on l’espérer ?

 

 

Le “Zoo” du Floréal Cheryl Pereira, présidente de l’association du Floréal explique qu’au bas des immeubles, les jeunes se retrouvent en un lieu appelé le balcon“. En 2006, pendant la coupe du monde de foot, c’était devenu invivable. Il y avait des bagarres entre jeunes de différents quartiers qu’on voyait depuis nos fenêtres. L’association interpelle alors la Mairie. Elle souhaite en finir avec les nuisances et les dégradations en faisant du balconun lieu de vie, une salle ouverte à tous. Il faut attendre novembre 2007 pour qu’arrive une réponse : des barreaux sont installés pour condamner l’accès. Ils sont sciés dans la journée. Pour les habitants, c’est comme recevoir un coup de poing dans la gueule. C’est une très mauvaise réponse, ils croient que c’est un zoo ici ?.

Apartheid de classes

L’élue à la Culture estime que la mixité sociale est un moyen pour que les populations se rencontrent et vivent ensemble avec leurs différences. Dans le quartier, en effet, tout le monde s’accorde sur le bien fondé d’une telle politique. On parle de mélange des classes sociales, d’atténuer les frontières entre riches et pauvres, d’apprendre à vivre ensemble. D’accord sur la théorie. Néanmoins, comme l’affirme Mohammed Tich-Tich, habitant du quartier, il y a une faible fréquentation entre propriétaires et locataires. Pour Martine Usclade autre habitante : 3 montées HLM dans le quartier, c’est rien. Mais la population est en train de changer, cela amène des nuisancesUn dernier ajoute : on ne se mélange pas. Sans dialogue pas de liens. Ce sentiment se vérifie dans les faits. Quand les locataires des HLM organisent des festivités, la plupart des copropriétaires ne viennent pas.

 

A l’heure où la Mairie étend sa politique de mixité sociale sur la commune, il est temps de remettre en question, non pas le principe en lui-même, mais son application. Il manque une politique volontariste qui amènerait les uns et les autres à se rencontrer. Il ne suffit pas de mettre riches et pauvres côte à côte pour que tombent les barrières de classes. Une politique hasardeuse en la matière peut engendrer des conséquences désastreuses, comme renforcer l’isolement de ceux qu’on voulait intégrer.

 

 

Les rédacteurs de l’article

Citoyens/Reporters : Cheryl Pereira, Claudine Pedrotti, Pascal Rami, Maria Dhaouadi, Pascal Fouard, Corinne Sercourt (Association du Floréal)

Journaliste : Cléa Favre

11 mars 2008

 

 

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Catégorie(s) : Au quotidien · Echirolles · Logement

2 réponses pour le moment ↓

  • 1 Aïcha // 12 mars 2008 à 7:02

    Bonjour,

    Je trouve honteux que l’on mette des barraux dans un lieu de passage et de plus sans en avoir avisé les habitants du secteur.
    Nous en avons été informé lontemps aprés l’installation de cette “cage”.
    Aucun élu est venu discuter ou rencontrer les habitants qui vivent avec cette “cage, prison…”
    La mairie aurait-elle oublié que se sont des locataires qui vivent là et non des animaux ….

  • 2 Clara // 27 mars 2008 à 15:10

    Vu du dehors on se dit “joli quartier”, puis “les gens ne se mélangent pas et alors? c’est ainsi partout”. Réflexion faite, peut-on continuer à dire “c’est comme ça” et passer à autre chose ?

    J’ai grandi en HLM et suis aujourd’hui propriétaire, mais je n’oublie pas d’où je viens. Cette population qui amène des nuisances j’en étais. Elle est vivante, gaie, solidaire, riche de ses métissages. Je suis une moitié d’ailleurs et maintenant mes enfants le sont davantage. Nous nous faisons remarquer dans notre copropriété feutrée et proprette. Les problèmes de déchets et d’incivilités sont aussi très présents ici mais ils se règlent à coups de dénonciations et recommandés, de règlements etc…
    Mes voisins sont tous des copropriétaires de classe moyenne (les plus riches se sont enfermés dans des résidences très surveillées) issus des mêmes milieux modestes que le mien.
    Cela permet-il d’avoir plus d’exigences envers ceux qui n’ont pu accéder à la marche d’au-dessus?
    C’est le regard qu’il faut changer, éduquer, apprivoiser. La mixité sociale c’est aussi la mixité des origines nationales, culturelles et économiques. Cela s’accompagne, se stimule, s’entretient mais ne se décrète pas. La stigmatisation débouche sur le repli sur soi et le communautarisme.
    Les nuisances provoquées par les jeunes ? Vaste problème récurrent. Décentraliser les “services jeunesse”, MJC, missions locales et régies, aller sur le terrain où se trouvent les jeunes etc; toutes les pistes sont à explorer d’urgence. Ils ont besoin de nous aujourd’hui, nous aurons besoin d’eux demain, de TOUS les jeunes.
    On ne peut se reposer sur une association d’habitants pour assurer une paix sociale. Cette association mérite qu’on la soutienne plus fortement plutôt que d’attendre la dégradation totale. C’est aussi le rôle d’une mairie qui est la collectivité la plus proche, sans oublier les bailleurs sociaux.
    J’espère que le reportage sera reçu favorablement pour donner lieu à une réflexion de fond et à des débats de société.
    Bravo l’association et les habitants du Floréal, mes sincères amitiés.

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