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Ivry-sur-Seine : Gagarine-Gousella, t’es CAPE !

9 mars 2008 · 8 commentaires

Avec l’association Cape sur Ivry (Citoyens à part entière), quinze jeunes ont organisé un voyage humanitaire au Mali dans le village de Goussela (région de Kayes), en septembre dernier. Bilan du projet : 400 kg de matériel scolaire convoyés, plus de 130 arbres replantés, un tournoi de foot organisé quotidiennement avec les villageois. Et surtout un autre regard porté sur eux.

Match de foot avec les jeunes du village de Goussela

 

Le local de l’association au pied de la Cité Gagarine

Dans le local de l’association Cape sur Ivry (Citoyens à part entière), au pied de la cité Gagarine, d’où tout est parti, quelque chose a changé. « Avant de monter le projet Cape sur le Mali, la plupart des jeunes impliqués passaient leur bac en candidat libre ou avaient arrêté l’école. Aujourd’hui, on ne les voit plus traîner en bas des immeubles». Ce n’est pas la moindre des fiertés de Tariq, l’un des quatre porteurs du projet.

A 25 ans, après un BTS, une licence et une année de master à Paris 12, celui qui a grandi dans cette cité rouge avait avant tout l’ambition de faire changer l’image imposée aux jeunes de son quartier. « Les dernières élections gagnées sur les questions d’immigration et de sécurité m’ont fait mal. Dans les cités, il y a du potentiel, mais les jeunes eux-mêmes ne s’en rendent pas compte. Ils se persuadent que puisqu’ils viennent d’une cité, ils ne trouveront jamais de travail. Ils se mettent des barrières tout seul. On nous dit tellement qu’on est des merdes… ». Un seul remède : l’action, pour prouver, encore, que l’image trompe son monde.

Prouver, se prouver

Organisation d’un café concert solidarité MaliLe projet Cape sur le Mali démarre en février 2007. Quatre étudiants du master gestion de l’humanitaire de Paris 12 en stage dans l’association assurent la coordination d’une dizaine de jeunes.

Pas question de débarquer au Mali n’importe où. Dans son job étudiant de gardien, Tariq demande à un collègue malien des contacts. Arouna Mangassy, le représentant des jeunes Maliens en France, met l’association en contact avec Abdoulaye Sidibé, responsable des activités pédagogiques sur place, qui les aiguille vers le village de Goussela, à 60 km de Kayes.

Contacts téléphoniques, définition progressive des besoins, recherche de fonds, et implication des jeunes pour construire ensemble le projet. En quelque six mois, 12000 euros de subventions sont rassemblées auprès de la mairie, du conseil général et de Jeunesse et sports ! « On faisait le point tous les mercredi et petit à petit, on voyait que les jeunes n’avaient plus que ça en tête. Ils parlaient du projet partout, ils étaient fiers de montrer leur tête », sourit Tariq.

12000 euros de subventions en six mois

Stand de merguez lors de la fête des associations à Ivry, tombolas lors d’un tournoi de foot monté avec les habitants, soirées, fêtes de quartier… Les jeunes interpellent le maire sur leur projet à la fête des associations, s’impliquent pour réunir des fonds…Les billets Paris-Bamako sont achetés, un à un. Pas question pour autant de partir en voyage de tourisme. «Le but ce n’était pas de payer des vacances aux jeunes avec les subventions, mais de les faire participer et d’en parler au maximum, en sensibilisant les Ivryens ». Ils organisent des collectes auprès des associations caritatives, lycées, théâtres et clubs sportifs en défendant leur projet et récupèrent livres, dictionnaires et matériel de sport.

« Au début, je croyais que le projet n’allait pas aboutir car on devait rassembler un gros budget. Mais on était tous motivé pour partir et les porteurs du projet étaient carrés, nous encadraient et nous disaient toujours où on en était. Ils faisaient tout pour nous mettre dans le bain », se rappelle Boussad, aujourd’hui animateur, pour qui cette année a aussi été celle de la réussite au bac.

Ici, là bas

20 heures de route pour ejoindre le village de GousselaDe l’équipe du projet, beaucoup étaient déjà allés au Maghreb, personne n’était jamais parti en Afrique noire. « Pour moi, c’était le premier voyage hors de France et le premier voyage en avion », sourit Filou, qui depuis est aussi allé au Cambodge, avant de travailler à Leclerc au service des commandes.

Arrivés à Bamako, le périple jusqu’au village de Goussela ne fait que commencer. Taxi-brousse, fourgonnette, pirogue, âne…et 700 kg de bagage à convoyer à chaque fois en faisant la chaîne. « De la gare routière de Bamako à Kayes, on devait mettre 9 heures, on en a mis 16 après une crevaison, sur une route gorgée d’eau, 40° et dans un car bondé ! », se souvient Tariq.

Une fête est organisée pour nous remercier Deux nuits de fête au village et un accueil tout au long du séjour récompensent les efforts, même si sans eau ni électricité, on commence à regretter le confort de la cité Gagarine. « On a tout ici », lance Boussad. « Avant de partir, on se plaignait de nos cités, pour des choses superficielles alors qu’on a le chauffage, l’eau courante, un toit et des lumières partout». Eux prennent tous les soirs leur Savarine et ne comprennent pas que les habitants soient malades du palu, faute de médicaments. « Nous on se plaint quand on n’a pas Canal+ ou Internet. Les gens qui peuvent se plaindre, c’est eux », renchérit Hassène, étudiant de première année en droit à Paris. « Tous les soirs, les jeunes disaient « quand je rentre, je me trouve un travail, je mets de l’argent de côté et je reprends l’école » », raconte Tariq. « Ils disaient aussi « dès que j’arrive, je vais au KFC et je mange un grec. J’arrête de me plaindre avec ma mère et ses pâtes blanches !» C’était un vrai succès de ce côté : ils se rendaient compte qu’ils avaient tout en France, même s’ils se sentent souvent laissés pour compte ».

La balle au centre

Remise officielle de fournitures scolairesLes livres et matériels convoyés sont remis solennellement. « Dès le deuxième jour au village, on a organisé des matchs entre le groupe et les gens du village. Plus de 250 enfants nous regardaient. On a pris la raclée du siècle ! Tous les jours on jouait, cela devenait un derby. On a jamais réussi à les battre, alors qu’eux étaient en tongues !», s’amuse Tariq.

La « sauce » prend avec les villageois, les vieux comme les jeunes. Reboisement sous l’oeil des chefs du villageQuelques ampoules plus tard, une centaine d’arbres fruitiers sont replantés autour de l’école et du dispensaire, avec l’aide des enfants, plus adroits à creuser la terre.

« Lorsqu’on est reparti du village, ils étaient contents. On ne pensait qu’à la réussite du projet. Ca leur a apporté à eux et à nous. A l’aéroport, on avait le sentiment du devoir accompli », témoigne Nordine, animateur dans les centres de loisir de Villeneuve-le-Roi. A Roissy, la Marseillaise est presque au bord des lèvres de toute l’équipe, ravie de retrouver la France, où « on a tout ».

« Les gens qui nous ont donné des subventions nous ont fait confiance et on n’a pas le droit de les décevoir. On a l’impression qu’on nous a donné de l’importance », rapporte Hassène. Pour Boussad, l’écho du projet a aussi son importance. « Ici, avant de partir, personne ne nous posait de question et au retour, tout le monde s’y intéressait ». La relève semble assurée : le deuxième projet avec Goussela est aujourd’hui sur les rails. Fond de bibliothèque, peinture de l’école et…chaussures à crampons au programme.

Tariq Aït Amara & Tako Diop : Citoyens/Reporters
Fabienne Guimont : Journaliste

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Catégorie(s) : Humanitaire · Ivry · Jeunes · Solidarités · Sport

8 réponses pour le moment ↓

  • 1 MemeZ // 9 mars 2008 à 20:59

    Trop bien votre projet j’aurai trop aimé venir mais j’avais les cours en septembre !! En tout cas j’ai bien aimé tout ce que vous m’avez raconté !!

  • 2 Rostoum Maria // 17 mars 2008 à 11:42

    b

  • 3 Mohamed // 29 mai 2008 à 22:51

    Pas mal le commentaire “on se plaint de ne pas avoir canal+ ”

    C’est vraiment très bien de votre part

    Bon courage pour la suite.

  • 4 Mohamed // 29 mai 2008 à 22:52

    Pas mal le commentaire “on se plaint de ne pas avoir canal+”

    C’est vraiment très bien de votre part

    Bon courage pour la suite.

  • 5 diou // 25 juin 2008 à 2:29

    bonsoir je suis originaire du village de gousséla j’apprecie variment ce que vous faite si vous avez besoins de mains supplementaire faite apel merci et bon courage

  • 6 dioumanéra titi // 29 juin 2008 à 14:15

    j’apprécie enormement d’une part l’humanitaire et d’autre part se que vous avez realiser dans mon village que j’aime beaucoup .Merci a vous de la part de tous les gousselaké.
    Faudrait remettre ça et nous y conviés car plus de gens egale plus de main d’oeuvre donc plus de projet realisable.

  • 7 dioumanéra titi // 29 juin 2008 à 19:42

    vkhvk

  • 8 mamadou diabira // 5 octobre 2012 à 18:55

    c’est votre ami prefere mamadou .je suis en france depuis 2011 , voici mon numero 0751072798

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