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Saint-Denis - Le Cirque du Vent

16 mars 2008 · 1 commentaire

Une crèche parentale associative, un projet de quartier

Déjeuner des grands

Saint-Denis, place Parmentier, 28 janvier 2008. Les rideaux métalliques de la vieille mercerie-librairie, fermée depuis tant d’années, se lèvent sur de grandes baies vitrées flambant neuves. A l’intérieur, des matelas et des cubes de mousse, des jeux pour enfants, des tables et chaises miniatures… Le Cirque du Vent, crèche associative parentale, vient d’ouvrir ses portes. Le projet, porté depuis près de 7 ans par des habitants du quartier Parmentier / Degeyter voit enfin le jour.

Aux origines…

Retour au début des années 2000. En 6 ans, Saint-Denis voit sa population augmenter de près de 10 000 habitants, passant ainsi de 85 800 à 96 600 habitants. En dépit des efforts des pouvoirs publics, l’offre d’accueil pour la petite enfance peine à suivre l’augmentation de la demande. Les parents de jeunes enfants doivent souvent jongler, entre accueil à temps partiel dans les crèches municipales, assistante maternelle, et solidarité familiale ou de voisinage.

MeunierLe quartier Parmentier / Degeyter, séparé du centre-ville par le boulevard Marcel Sembat et adossé au Canal de Saint-Denis, a des allures de village avec ses ruelles étroites et ses petits immeubles d’habitat ouvrier ancien. S’il est doté d’une école primaire et d’une école maternelle, il ne dispose d’aucune structure d’accueil de proximité pour la petite enfance. Quelques parents dont les enfants sont maintenant scolarisés à l’école maternelle des Gueldres se prennent à rêver de créer un lieu d’accueil pour les tout petits - les leurs ou ceux des autres habitants du quartier - plutôt que d’attendre passivement que l’offre publique rattrape la demande.

Mais les limites de l’offre ne suffisent pas à expliquer à elles seules l’émergence de cette idée. Il faut plutôt chercher du côté de la dynamique qui s’est enclenchée autour de l’école maternelle du quartier. En effet, l’établissement est ouvert vers l’extérieur. Catherine Kernoa, directrice de l’école, l’a voulu ainsi : les parents y ont droit de cité, accompagnent leurs enfants jusque dans leurs classes, accèdent facilement à l’équipe éducative… C’est dans cet environnement que se crée une association autonome de parents d’élèves, Les parents des Gueldres. Au-delà de son action pour améliorer le quotidien scolaire, elle contribue à renforcer les liens entre parents et en général, dans le quartier.

Enfin, l’un des fondateurs de l’association des parents des Gueldres, Thierry Ruyer, a déjà une solide expérience des crèches parentales. Il est aussi, avec quelques autres, très investi dans la vie du quartier. Et s’il leur arrive fréquemment de prendre à rebrousse-poil élus et techniciens de la mairie de Saint-Denis, ils sont reconnus pour leur désintéressement et leur opiniâtreté.

Le projet de crèche parentale associative est donc lancé en 2001 et conçu dès l’origine comme un projet non seulement pour les enfants et leurs parents, mais aussi pour le quartier, dans le respect de sa diversité.

Un long chemin

En juin 2001, Véronique Chamboncel, Laetitia Garrabé et Thierry Ruyer déposent à la préfecture de Seine-Saint-Denis les statuts de l’association. Son nom de baptême : Le Cirque du vent, en référence à un conte musical d’Anne Sylvestre, Lala et le cirque du vent. Sollicitée pour donner son accord à l’utilisation de ce nom, Anne Sylvestre répond oui sans hésitation. Des réunions d’explication du projet sont organisées et un comité de soutien se met en place, qui regroupe bientôt une centaine de personnes : parents, éducateurs, habitants et commerçants du quartier, mais aussi des personnalités comme Jacky Mamou1, ou Howard Buten2. Enfin, Patrick Braouezec, alors maire de Saint-Denis, apporte son soutien de principe à la démarche.

Les ambitions affichées sont élevées : au-delà du pari qui consiste à transformer des parents en gestionnaires d’un lieu d’accueil de petits enfants, ils veulent proposer des amplitudes d’ouverture répondant aux horaires atypiques des parents ou encore accueillir des enfants affectés de handicaps, introduire des produits de l’agriculture biologique dans le menu des enfants, travailler avec les commerces de proximité, offrir des perspectives de formation et de qualification aux futurs salariés… Il leur faut donc commencer par convaincre les services de la Ville, premier bailleur de fonds, du sérieux d’un projet qui pourtant questionne indirectement les pratiques traditionnelles d’accueil de la petite enfance en prétendant faire sinon mieux, du moins « autrement ».

Toutes ces démarches vont prendre cinq ans, de l’obtention du local à celle des financements des différents bailleurs de fonds, en passant par la validation du projet par le service de Protection Maternelle et Infantile. Cinq ans pour que l’idée du Cirque du Vent se concrétise. Le travail administratif repose essentiellement sur un petit noyau. Et puis, comme l’admettent, quoiqu’avec des mots différents, aussi bien Thierry Ruyer que Jean-Charles Dionisi, directeur général adjoint des services de la Ville de Saint-Denis, « c’est le choc des cultures » entre d’une part les services de la Ville qui veulent obtenir toutes les garanties du bon usage des fonds publics et d’un projet conforme à la politique municipale de la petite enfance, et d’autre part le mode de fonctionnement informel des militants du Cirque du Vent qui soupçonnent parfois l’administration d’être excessivement tatillonne.

En 2007, après plusieurs péripéties et retards, les travaux s’achèvent l’ouverture de la crèche est programmée pour avril 2007. Le pré-recrutement des 7 professionnels qui constitueront l’équipe permanente est engagé. Dans ce milieu-là aussi, le projet suscite l’enthousiasme. Le recrutement des parents est également ouvert. Un tract est largement diffusé dans le quartier et les commerçants se font le relais du projet.

Appel pour le recrutement des parents

Appel

Ce n’est qu’à la veille de Noël 2007 que la PMI départementale donne son accord final pour l’ouverture du Cirque du Vent. Une fois l’équipe entièrement recrutée, il ne manque plus pour ouvrir la crèche qu’un « détail »… de taille : le vote par le conseil municipal de la subvention de fonctionnement. Si ce vote ne pose pas de problème de principe, il n’interviendra que fin février 2008. C’est bien trop loin pour l’équipe du Cirque du Vent. En janvier 2008, les professionnels et les militants de l’association décident à l’unanimité de lever le rideau sans plus attendre. Et ce sera le 28 janvier.

L’aventure ne fait que commencer

PeintureTrois semaines après l’ouverture, à l’heure du déjeuner. Hassania Aomari, blouse immaculée et sourire plein de soleil, règne sur la cuisine. Le repas est prêt, et avant de le servir, elle met à profit quelques minutes de répit pour établir avec l’une des mères de permanence le menu des jours à venir et la liste des courses. Affichées sur le mur de la cuisine, les prescriptions alimentaires pour chacun des enfants, entre risques d’allergies et choix culturels ou religieux.

Le téléphone sonne : une mère prend des nouvelles de son enfant, son éducatrice référente lui répond longuement. Puis c’est la sonnette de la porte d’entrée : une mère de famille a entendu parler de l’ouverture de la crèche et veut savoir si elle peut y inscrire son petit dernier. Thierry Ruyer, de passage ce jour-là, lui explique que la crèche est au complet, mais que des places pourront se libérer dans les mois à venir. Il lui détaille aussi le fonctionnement d’une crèche parentale. La femme écoute, elle constate que la demi-journée par semaine que doit consacrer chaque parent à la crèche est tout de même une contrainte lorsqu’on travaille…

Pour le moment, cela ne semble pas poser problème aux parents du Cirque du vent : le planning de présence des parents, affiché dans l’entrée, est complet pour les semaines à venir. Une étape importante a sans doute été franchie, mais l’aventure ne fait que commencer. Il reste à organiser la gestion quotidienne de la crèche entre parents et professionnels et surtout à assurer le transfert de savoir-faire entre le noyau des fondateurs et les parents.

Par ailleurs, certaines des ambitions de départ ont été provisoirement revues à la baisse. L’amplitude des horaires d’ouverture est pour le moment moins importante que prévu initialement. Mais l’accueil d’un enfant affecté d’un handicap, en collaboration avec une institution de Saint-Denis, est une réalité. « L’enjeu pour l’avenir est de garantir la pérennité de cette dynamique, au fur et à mesure de la rotation des parents », estime Jean-Charles Dionisi. Non seulement pour assurer la continuité du service et sa gestion administrative, mais aussi et surtout pour maintenir l’esprit du projet, son ouverture sur le quartier et la ville, et par dessus tout, la diversité sociale et culturelle des parents.

ExtérieurCitoyen-reporter : Gilles Garcia
Journaliste : Laurence Wurtz

Photos : Denis Moreau et Gilles Garcia

Lire et écouter la version intégrale de l’enquête

1 Pédiatre à Saint-Denis, ancien président de Médecins du Monde et actuel président du Collectif Urgence Darfour

2 plus connu en Clown Buffo, mais aussi écrivain, psychologue et directeur du Centre Adam Shelton pour enfants autistes à Saint-Denis

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Catégorie(s) : Projets citoyens · Vie associative · Vie de quartier

1 réponse pour le moment ↓

  • 1 Jean-Marc Poligné // 21 janvier 2010 à 13:39

    Utopistes !
    ou
    Le “Zeph” des Fous

    Mon métier besogneux
    Qui regimbe et renaude,
    Laissant l’anacoluthe
    Et l’image savante,
    A tissé déraison
    De sapience et les a
    D’ambre et d’or festonnés.

    Puis j’ai retaillé mieux,
    Joué maille et ravaude,
    Troussé plaisante chute
    Et tournure seyante
    Pour que belle saison
    Habille enfin ceux-là
    Que j’entends crayonner.

    S’apitoie-t-elle, messieurs,
    Cette foule badaude,
    Quand leur raison chahute,
    Quand dans leur tête il vente,
    Roule et tonne à foison ?
    Vite, elle presse le pas
    Pour mieux leur rire au nez.

    Vous aimeriez, envieux,
    Tandis que marivaude
    Votre voix qui s’affûte,
    Que ce grand souffle mente,
    Ne soit qu’exalaison
    D’un vague brouhaha
    De passions erronées.

    Mais ces cancres studieux
    Se voient - âmes nigaudes -
    Toujours touchant au but !
    Têtus comme l’attente,
    Ardents comme tison.
    Murmurez “embarras”,
    Ils vont vous bâtonner !

    Fous allègres ou odieux,
    Il faut qu’ils échaffaudent,
    D’étançons en volutes,
    Qu’une sciure vivante
    Epice l’horizon
    Du terrestre au-delà
    Qu’ils sont à maçonner.

    Ingénus, ingénieux…
    Ingénieurs ! Gorges chaudes
    S’émeuvent et réfutent
    L’ascèse impertinente.
    “C’est assez d’oraisons !
    Montrez donc ici-bas
    Et sans fanfaronner

    Si ce saut périlleux
    Vaut plus que chiquenaude”.
    Ce petit air de flûte,
    Certes, peu les enchante
    Et le doute est prison.
    J’en ai la clef, ma foi,
    Car tout bien raisonné :

    Ce havre mystérieux,
    Cette serre émeraude
    N’est pas une cahute,
    Un abri, une tente,
    Ni même une maison.
    Bien plus que tout cela,
    C’est une maisonnée.

    J.-M. Poligné, déc. 2008

    Dédié à Thierry Ruyer, le fou le plus raisonnable que je connaisse et à qui la crèche Le Cirque du Vent doit en grande partie d’exister.
    Plus largement, aussi, à ceux qui l’ont aidé, suivi, et continueront dans son sillage.
    Que ce bon vent les mène à bon port.

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