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Marseille : Que vont devenir les habitants de La Savine ?

26 mars 2008 · 7 commentaires

A Marseille, les habitants de La Savine, dans les quartiers Nord, s’inquiètent pour leur relogement, alors que plusieurs tours doivent être détruites. Ils ont décidé de se mobiliser ensemble afin de ne pas être des victimes du «relooking» de la ville.

© Robert TERZIAN  Marseille, La Savine, dans les quartiers Nord de la ville. Ce lundi après-midi de la fin mars, des habitants sont réunis dans le local de l’Amicale des locataires. Autour de la table où le thé et le café sont proposés, il y a Josette, Nejma, Fawzia, Mohamed, Fatia, Mounira, Jamila…

Ils ou elles sont âgés de 30, 40 ou 50 ans, mais la préoccupation est la même : que vont devenir les habitants de notre cité ?

© Robert TERZIANConstruite au début des années 70, La Savine abrite actuellement 2.700 personnes de différentes origines. Parmi eux des ouvriers, des employés, des artisans, des fonctionnaires mais aussi des chômeurs, surtout chez les jeunes.

C’est une cité bien sûr, avec ses barres de béton, mais elle est environnée de bois de pins, la vue sur la mer et Marseille est belle, et le centre-ville est à 20 minutes en bus. Alors la plupart des habitants s’y sentent bien.

Or, prochainement, cinq de la vingtaine d’immeubles doivent être démolis, et la question du relogement se pose, lancinante. Nejma Sellami, une militante associative, a organisé la réunion de ce jour. Elle raconte : « Il y a environ trois ans, les responsables de Logirem, le bailleur de La Savine, nous ont convoqués et nous ont appris qu’on allait démolir les cinq bâtiments du bloc A, soit 150 familles concernées. Ils nous ont dit qu’ils ne voulaient plus de tours de 10 étages. A notre question sur le relogement, ils ont répondu que nous pourrions choisir. Mais après, cela a été : Il n’y a pas de disponibilités là où vous demandez. »Depuis une trentaine d’années, Nejma s’occupe notamment de l’Amicale des locataires et de tout ce qui relève du social dans la cité : aide aux familles, secours divers…elle a même contribué à la tenue d’un resto du cœur pendant 5 ans et donné des cours de français aux comoriens quand ils sont arrivés. « Ma mère portait le voile, moi je ne le porte pas, je suis une femme combattante », revendique-t-elle.

Aussi a-t-elle continué à suivre l’affaire de près.

« Il y a 2-3 ans, ils ont commencé à faire déménager les gens pour vider les immeubles, raconte-t-elle. On leur a imposé ce qu’ils appellent un placement en tiroir, c’est-à-dire qu’on les a relogés provisoirement là où il y avait de la place, en leur disant que quand des immeubles seraient reconstruits, ils seraient prioritaires. Mais quand j’ai demandé si ce serait du logement social et à quel prix, on a compris qu’ils nous avaient pris pour des imbéciles : cela dépendra de vos revenus, si un T3 coûte 900 euros, pourrez-vous le payer ? nous a-t-il été répondu. Si on ne peut pas, on restera dans le tiroir ! Et comment voulez-vous que des smicards, des Rmistes puissent payer 900 euros ? Même ceux qui ont un salaire normal ne pourront jamais se payer de tels loyers… De toute façon, je pense qu’ils ne garderont pas La Savine, quelqu’un à la mairie centrale m’a dit que d’ici 2020 tout devait être démoli. Alors qu’ils arrêtent de nous pendre pour des idiots et nous disent clairement : ce site n’est plus fait pour vous. »

© Robert TERZIANJosette Degliame partage cette opinion, d’autant qu’elle habite à La Solidarité, une cité proche où se pose le même problème. Responsable de l’antenne du Secours populaire implantée à La Savine, elle a pu entendre les inquiétudes de ses habitants : «C’est pour ça que j’ai pensé qu’il fallait parler de La Savine, précise-t-elle. Chez nous aussi, il est prévu de démolir des tours. On ne sait pas quand, mais on sait que ça va arriver et les gens commencent à trembler en se demandant où ils vont aller. Alors cette question est d’actualité dans nos quartiers.»

Les habitants sont d’autant plus inquiets qu’ils ne sont pas dupes : « Le site est trop beau, disent-ils à l’unisson. Le terrain a de la valeur, une vue panoramique… Ils ne construiront pas pour les gens d’ici, faut pas rêver. On construira de belles maisons trop chères pour nous. C’est dans leurs projets. Ils commencent à ne plus parler des « quartiers Nord » mais des « Hauts de St Antoine ».

Josette évoque aussi « ces fameuses maisons à 100.000 euros dont il est question. Mais qui, parmi les habitants d’ici, pourra d’endetter pour se les payer ? »

Tous sont persuadés que, même si ce n’est pas dans l’immédiat, on veut obliger les gens des cités à s’en aller aux alentours de Marseille, à devenir des « banlieusards » comme à Paris, avec les problèmes de transports, de car, de train ou de carburant pour ceux qui ont une voiture : « On dérange, on veut nous délocaliser…Quand on écoute les politiques de la municipalité, on comprend : ils sont en train de préparer une ville pour le tourisme, pour les riches. Nos enfants feront peut-être le ménage dans les hôtels de luxe et encore peut-être iront-ils chercher ailleurs leurs salariés pour les payer moins. »

Face à cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête, les habitants pourraient essayer de trouver individuellement une solution, d’autant que le classique « diviser pour régner » est toujours d’actualité. « Parfois, confie cet homme d’une quarantaine d’années qui participe à la réunion, on vient me dire à l’oreille : toi, tu bosses, tu mènes une vie tranquille avec tes gamins, tu peux trouver à bien te loger ailleurs. Mais moi, je me sens en totale solidarité avec les gens qui m’entourent, j’ai vu grandir leurs enfants, je connais leurs difficultés. »

Alors, ces « savinois », comme ils se nomment, ont décidé de se défendre ensemble.

Nouvelle et jeune présidente de l’Amicale des locataires, Fawzia Bey explique : « On veut éviter le cas par cas où l’on trouve une solution pour l’un et pas pour l’autre. Il faut trouver une solution pour tout le monde et pas les uns contre les autres. »

Fawzia a grandi ici dans sa famille. Aujourd’hui mariée et mère de 3 enfants, employée à l’hôpital Nord tout proche, elle ne souhaite pas s’en aller et, comme les autres jeunes femmes qui l’entourent, s’inquiète de futures fermetures de classes, voire d’écoles. Déjà, tous déplorent qu’il n’y ait plus de services de proximité : le bureau de poste, le commissariat, les petits commerces, le coiffeur, le pressing ont disparu. Il n’y a qu’un seul cabinet avec 2 généralistes, maintenus à grand peine. Quant aux transports, le dimanche il y a un bus toutes les heures pour quitter le quartier…et le flambant neuf tramway n’est pas pour les quartiers Nord.

Aussi la solidarité est-elle de rigueur. « « Nous avons décidé de nous réunir en mettant nos divergences de côté et de faire un front commun, explique Mohamed Ben Bella. Cet homme de 47 ans, né à Marseille, est lui aussi un militant associatif. Lui-même contraint de quitter La Savine où il habitait avec sa famille l’un des bâtiments destinés à être détruit, il a pu être relogé à la cité des Bourrely dans le même secteur, mais ne se désintéresse pas pour autant de la situation des autres locataires. « Afin de ne pas être leurrés, car les infos ne remontent pas jusqu’à nous ou ne sont pas les même pour tous, nous allons créer un comité de pilotage avec des représentants élus par les habitants, annonce-t-il, approuvé par le groupe qui l’entoure. Ces représentants assisteront aux réunions en mairie et à la préfecture afin d’avoir la bonne info et de la répercuter aux habitants. Nous allons aussi contacter les personnes qui ont le même problème que nous dans les cités des alentours et créer une grosse structure afin d’établir un rapport de force pour les personnes les plus vulnérables. Il est important de s’informer et d’être tous ensemble pour résister, car moi, je vois une scandaleuse spéculation immobilière se profiler sur notre dos. »

Dans le local, la réunion s’achève. Mais ils savent qu’ils vont devoir être vigilants : ils viennent de l’apprendre, la destruction des tours est prévue pour le mois de juillet au plus tard.

 Josette Degliame : citoyenne/reporter, Jacqueline De Grandmaison : journaliste © Robert TERZIAN

Josette Degliame : citoyenne/reporter
Jacqueline De Grandmaison : journaliste
Robert Terzian : photographe

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Catégorie(s) : Logement · Marseille · Revendications · Solidarités · Urbanisme · Vie associative

7 réponses pour le moment ↓

  • 1 lembolé // 2 avril 2008 à 17:13

    je sui un habitant de la savine et je sui de tou coeur avec vous je pense que tous ensemble on peu réussir a resté habitant de la savine et a la gardé tel quel est maintenant voila merci pour ce document vraimen et je repete que tous ensemble on peu y arivé il faudrai metre des papier ds les boite au letre pour nous invité a une réunion et jen sui sur quil y aura baucoup de monde voila merci aurevoir

  • 2 antidemolition // 11 juillet 2008 à 17:30

    voilà - je souhaite prendre contact avec les habitants qui se battent sur savines pour les relogements et les démolitions - nous sommes la coordination anti démolition - afin de partager votre expérience et voir ce qu’on peut faire ensemble - nous attendons de vos nouvelles -
    bon courage dans la lutte - kaissa

  • 3 dg malek40 // 30 octobre 2008 à 17:17

    nettah kamel bonjour a la savine è bon courage pour les batiment

  • 4 dg malek40 // 30 octobre 2008 à 17:55

    salut je suis sami j’habite a l algerie et je veux dire a la savine que elle change c est plasse et vas a la karole ok
    and fuck some one want to be the best fuck fuck her mother

  • 5 legroux // 27 avril 2009 à 10:56

    Les Assises régionales se tiendront le 29 avril 2009 au Palais des Congrès du Parc Chanot à Marseille de 9h45 à 17h00 (accueil à partir de 9h15).
    Elles sont ouvertes, gratuitement, à toutes les personnes intéressées. Une inscription préalable en ligne est toutefois obligatoire sur :

    http://inscriptions-alzheimer-paca.info

  • 6 Marseille : que vont devenir les habitants de La Savine ? | Club de la Presse // 22 novembre 2009 à 16:42

    […] Marseille, La Savine, dans les quartiers Nord de la ville. Ce lundiaprès-midi de la fin mars, des habitants sont réunis dans le local de l’Amicale des locataires. Autour de la table où le thé et le café sont proposés, il y a Josette, Nejma, Fawzia, Mohamed, Fatia, Mounira, Jamila?Ils ou elles sont âgés de 30, 40 ou 50 ans, mais la préoccupation est la même : que vont devenir les habitants de notre cité ?Lire la suite sur vudesquartiers.journalisme.com […]

  • 7 ABBOUDI // 23 septembre 2011 à 0:27

    je suis locataire a la solidarite et je suis de tous coeur avec vous de mere de 5 enfants et il ont tous grandi dans la citée et je ne compte pas partir d ‘ aussitot merci a vous . NADIA

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