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Julie Sedel obtient le Prix des Assises du Journalisme pour “Les médias et la banlieue”

10 octobre 2009 · Pas de commentaire

Julie Sedel, docteure en sociologie de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris) a obtenu le Prix des Assises du Journalisme dans la catégorie “Recherche et Document” , jeudi 8 octobre, à Strasbourg. Son ouvrage, publié aux éditions du Bord de l’Eau (Ina), est le fruit de sept ans d’enquête sur le terrain. L’auteure aborde l’évolution du traitement journalistique de la banlieue et les luttes symboliques conduites par les collectivités et les associations de quartiers pour tenter de modifier les représentations stigmatisantes.

Dans l’interview qu’elle nous a accordée, la sociologue revient sur les origines de sa recherche et ses principales conclusions.

Qu’est ce que ce prix représente pour vous ?
Il s’agit pour moi de la reconnaissance d’un travail de longue haleine. Je suis contente qu’il ait été bien accueilli par les journalistes qui ont reconnu leurs pratiques et qu’il soit validé par les chercheurs pour sa qualité scientifique…

Qu’est-ce qui vous a motivée à choisir la banlieue et les médias comme terrain de recherche ?
J’ai commencé par aborder ce thème par le biais des modes de gestion de la déviance dans les quartiers populaires dans le cadre d’un contrat de recherche avec le Centre de sociologie européenne fondé par Pierre Bourdieu. J’y avais réalisé un DEA sur les transformations du journalisme à travers l’exemple du Monde. J’ai souhaité sortir des rédactions pour étudier les relations entre les journalistes et les univers sociaux dont ils traitent, en l’occurrence les quartiers défavorisés des villes de banlieue.

Ce n’était pas un sujet facile, les journalistes étaient peu disposés à répondre aux questions et je me suis rendu compte qu’il y avait peu d’écrits sur le sujet, hormis des études de contenus. Peu de sociologues s’étaient déplacés sur le terrain, en dehors de Christian Bachmann et Luc Basier. En avançant dans mes recherches, je me suis aperçue qu’il y avait une méconnaissance de la condition ouvrière et que la focalisation sur les banlieues pouvait être interprétée comme un symptôme du l’invisibilité des ouvriers dans l’espace public médiatique. A cette identité ouvrière s’est substituée une identité de lieu. J’ai compris que les notions de « banlieue » comme celle de « quartier » résultaient d’un travail collectif de représentation à l’intérieur duquel les journalistes jouent un rôle clef.
J’ai analysé les évolutions du fonctionnement journalistique en rencontrant les journalistes traitant de ces quartiers dans différents médias et montré, entre autres résultats, comment les services faits-divers avaient acquis une position forte dans les rédactions, au détriment des services société.

Sur la période de sept ans que couvre votre recherche, avez-vous constaté des évolutions marquantes dans le traitement journalistique de la banlieue ?
Le soulèvement de 2005 a eu un effet important dans la mesure où le travail journalistique a été fortement remis en cause. Dans les rédactions, cela s’est traduit par des tentatives de rapprochement avec les quartiers, notamment à travers l’envoi de journalistes en résidence qui restent néanmoins marginales.
L’expérience du Bondy Blog a montré qu’il est possible de travailler en banlieue, d’avoir de bonnes relations avec les populations dès lors qu’on ne met pas l’accent sur le spectaculaire…
Il y a aussi eu une transformation dans le champ politique : la thématique de l’insécurité qui avait déclenché une hystérie collective a été supplantée par celle du pouvoir d’achat. Le champ journalistique est finalement très dépendant du champ politique…
Cependant, je ne suis pas sûre que la question sociale intéresse encore aujourd’hui beaucoup les rédactions, ni le milieu politique.

Comment amener les médias à modifier les représentations négatives des quartiers et de leurs habitants ?
S’intéresser à l’image des banlieues, mettre l’accent sur la question identitaire ne doit pas se substituer à une réflexion sur les inégalités sociales qui perdurent en France. Il est plus difficile et plus coûteux de s’attaquer à une répartition plus égalitaire des ressources qu’à la question de l’identité, même si celle-ci est importante.

Vous évoquez la stratégie des collectivités face aux représentations négatives des médias et vous décrivez une « tyrannie du positif » imposée par les services de communication…

Le terme est fort, il s’agit en fait d’une ligne de défense, une injonction à produire une image qui permette de valoriser les milieux populaires…

Alors comment échapper à la dichotomie du bien et du mal ?
Il s’agit de ne pas se laisser imposer des catégories binaires telles que négatif, versus positif, la version des « réalistes » contre celle des « angélistes ». L’une des particularités du débat médiatique est de s’organiser autour d’oppositions tranchées. Actuellement, l’argument de la complexité est difficilement recevable. De façon générale, iI est difficile d’échapper à l’imposition de problématiques telles que « l’insécurité » ou « l’intégration ». Leur force réside dans le fait qu’elles se présentent comme des évidences alors qu’elles résultent d’un travail de construction.

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Catégorie(s) : Médias · Non classé · Police · Reportages · Société · Urbanisme · banlieue · journalisme

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